Histoire de la construction du barrage du Salagou

Genèse du barrage du Salagou


Un projet ancien

Les projets de barrages dans la vallée du Salagou sont anciens. On trouve trace d’un projet en 1860 sur la commune de Celles car les crues de la rivière Salagou ont de tout temps marqué les habitants de la vallée. Chaque épisode de crue impacte fortement l’agriculture et le bilan en terme de vies humaines est souvent lourd. Il s’agit donc d’écrêter les crues.

D’autre part, les cultures étaient nombreuses mais les inondations ou bien la sécheresse estivale rendaient l’agriculture difficile. Garder le surplus d’eau de l’hiver pour le réutiliser en été, grâce à des béals (petits canaux), réservoirs…fut une autre utilité d’un barrage

Il faudra attendre les années 1950 soit un siècle plus tard pour qu’un tel projet se réalise. C’est donc pour répondre à ce double objectif d’irrigation et de laminage des crues qui amène les pouvoirs publics à envisager la création d’un barrage.

De plus, face à la surproduction viticole des années 1960, une reconversion agricole est envisagée dans tout le sud de la France. La création d’un bassin de rétention devait ainsi permettre d’irriguer la vallée pour développer une arboriculture fruitière. Cependant, pour ce projet, la reconversion plus précoce d’autres régions de France en cultures fruitières a engendré une chute des cours du marché avant que le barrage ne soit fonctionnel. Le projet de diversification agricole du site du Salagou n’eut donc pas lieu et le bassin garda sa spécificité viticole, mais misa avec succès sur la qualité, plutôt que sur la quantité.

Le choix de l’emplacement

Il y a eu un premier projet de construction d’un barrage au nord du village de Saint-Guilhem-leDésert sur le fleuve Hérault qui fut abandonné. Le bassin de la Lergue, bassin versant le plus vaste de tous les affluents de l’Hérault, connu pour ses crues historiques et en particulier celles de septembre à novembre 1907, qui ont ravagé l’intégralité du territoire et déraciné des centaines d’hectares de vignes fut un deuxième emplacement possible . Mais la Lergue dont la vallée étroite et très encaissée s’est révélée inapte à retenir suffisament d’eau, alors le choix se porta ensuite sur le ruisseau du Salagou qui se jette dans la Lergue et dont les crues sont souvent spectaculaires.

La rivière Salagou prend sa source au col de la Merquière sur la commune de Brenas et reçoit des courants d’eaux en période de fortes pluies. En été, elle peut être asséchée. Elle traverse les territoires des communes de Mérifons, Salasc, Octon, Liausson, Celles, Lacoste, et après un parcours de 18 km se jette dans la Lergue. La vallée du Salagou s’étend sur 13 km

Aujourd’hui, le lac joue un rôle dans l’agriculture locale, mais a surtout une fonction touristique, récréative, de sécurité civile (lutte contre les incendies), et bien entendu, pédagogique.

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la vallée du Salagou avant le lac
la vallée du Salagou avant le lac

Le 30 novembre 1960, la collectivité départementale décide de déposer une demande de déclaration d’utilité publique des travaux, afin d’autoriser la dérivation des eaux à utiliser,d’acquérir par voie d’expropriation, à défaut d’accord amiable, les terrains nécessaires à la réalisation du projet, d’instituer les servitudes qui pourront s’avérer indispensables

Le projet se réalise même si la procédure a été relativement longue et le décret d’utilité publique n’est pris que le 24 août 1962.

La vente et l’expropriation des terres

Les premières acquisitions foncières datent de 1960. Pourtant pendant plusieurs années peu de personnes crurent à l’aboutissement du barrage, même si la construction avait déjà commencé et que quelques propriétaires avaient signé la vente à l’amiable de leurs biens.

Puis des difficultés sont rencontrées avec des habitants soucieux de préserver leur environnement et peu enclins à quitter les lieux pour des horizons incertains. Il semble également que l’évaluation du prix d’achat des terrains par la collectivité publique, relativement bas en raison de leur faible productivité, ait entraîné un refus de vente de la part des propriétaires. Certains persistent alors dans leur opposition à la vente de leur patrimoine. Si bien que plusieurs d’entre eux refusent de partir et sont soumis aux procédures d’expropriation.

« Elles sont peu nombreuses, mais prennent un caractère exemplaire. L’attitude du futur maire de Celles, Henri dit Riri Goudal illustre bien ce « front du refus » au travers de ses nombreuses prises de position. En eff et, les indemnités apparaissent, de leur point de vue, très insuffi santes pour permettre une reconversion professionnelle décente et, d’autre part, ces propriétaires sont très attachés à une terre sur laquelle ils ont durement gagné leur vie comme le souligne cet extrait de presse :
« Quitter les terres sur lesquelles on a peiné, la maison qui fut le témoin des malheurs et des joies de la vie familiale, le cimetière où reposent les parents et amis, en un mot, le cadre même où l’on a vécu des trente ou cinquante ans, ne trouvent une compensation dans une indemnité, fut-elle payée en francs très lourds… »
Pour assurer la défense de leurs intérêts, les élus opposés au projet de
barrage fondent un syndicat intercommunal de défense de la vallée du Salagou
sous l’impulsion du maire d’Octon et contestent l’utilité du barrage, estimant
que l’arrosage des vignes conduira à une surproduction aux eff ets économiques
désastreux ! » Guiraud C. & Martin P. (2007). Le lac du. Salagou ou le majestueux destin d’une rivière qui coule la nuit et s’évapore le jour. Les livrets du Clermontais, p.17

Le tribunal administratif de Montpellier finit par procéder à leur expropriation, à eux d’assumer leur départ et leur reconversion !

La construction du barrage du Salagou

Entre 1964 et 1968, le barrage du Salagou fut  construit par la compagnie d’aménagement du Bas-Rhône et du Languedoc. Il s’agit d’un barrage en enrochements de basalte avec masque amont en béton bitumeux.

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construction du barrage

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le barrage du Salagou en construction

 

La hauteur maximale au-dessus de la fondation est de 62,3 mètres. La longueur du couronnement de 357 mètres, la largeur en crête de 7,42 mètres, surface du masque amont 22.000 m². Le volume total des enrochements est de800.000 mètres cube pour un poids de 1 650 000 tonnes, largeur à la base 200 mètres.

La mise en eau du barrage du Salagou

La construction du barrage s’étale de 1964 à 1968, et les vannes du barrage sont fermées le 4 mars 1969.

La mise en eau se déroule entre 1969 et 1971, une mise en eau bien plus rapide que ce qui était prévu par les ingénieurs car l’hiver 68-69 a été particulièrement pluvieux.

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Mise en eau du lac. Village de Celles

 

 

Cette année-là, suite à de forts épisodes cévenols, le lac se remplit de moitié en seulement deux semaines,si rapidement que le lac conserve encore quelques poteaux téléphoniques, ponts, arbres, vignes et murets engloutis sous les eaux.

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la route de Celles à Salasc engloutie

 

Mais il lui faudra au final trois ans pour atteindre son niveau actuel, fixé en 1996 par le conseil général à 139 m. A l’origine, il était prévu un barrage à la côte 145, volume maximun de 125 millions de mètres cube et ce projet réservant la possibilité technique de surélever un jour le barrage à la côte 151. Mais en1996, le Conseil Général de l’Hérault fixe définitivement la côte maximale des eaux à 139 mètres.

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les terres inondées de la vallée du Salagou

 

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Les travaux annexes
1/ Equipement d’un premier périmètre d’irrigation

Un aménagement est décidé dès 1965 dont le périmètre intéresse une surface de 2000 ha et s’étend à l’Ouest de Lacoste jusqu’à Aspiran ; au Nord, par le cours de la Lergue ; à l’Est, par le cours de l’Hérault ; au sud par le ruisseau de Rieutord ».  Une station de pompage dans le fl euve Hérault, dite de Gourdibeau est réalisée près de la gare d’Aspiran. Cette initiative vise à convaincre les agriculteurs de l’intérêt qu’ils auront à conclure des contrats d’abonnement à l’eau d’irrigation en vue « d’un essor durable… (du) département » et à présenter la retenue du Salagou comme l’outil idéal d’une politique d’irrigation permettant une reconversion agricole, voire une « diversifi cation » de la production.

2/ Le reboisement

Les délibérations du Conseil Général du 15 décembre 1971 et du 8 décembre 1972 étudient les mesures à prendre pour lutter contre l’érosion des sols qui, à terme, risque de combler une partie du lac. En eff et, plusieurs rapports alertent les pouvoirs publics sur les risques d’envasement du plan d’eau et sur l’urgence de protéger ses abords en raison de la fragilité en surface de la « ruff e »
Il est proposé d’établir des banquettes partout où la topographie et l’état des sols le permettent et d’y planter des arbres « d’essence méditerranéenne ».
Cette dépense, non prévue initialement,s’est pourtant avérée indispensable, selon le point de vue de l’époque, à l’équilibre environnemental. Cette perspective visait la valorisation «paysagère» en s’appuyant sur l’attrait « esthétique » supposé des espaces boisés. Les premières plantationsavaient été eff ectuées sur le site dès 1967 en donnant de bons résultats. Aujourd’hui, les écologues regrettent le choix des essences implantées à l’époque. En effet la prolifération de certaines d’entre elles semble modifi er, au-delà des limites du Salagou, l’aspect pittoresque du paysage.

3/ L’arasement des bâtiments en ruines

Il s’agit de la démolition des bâtiments en ruines des hameaux des Vailhès et de Pradines. Cette mesure est rendue indispensable par l’état de délabrement des constructions et la nécessité, pour le département, de dégager sa responsabilité.

4/ La production d’électricité

La réalisation d’une micro-centrale électrique est autorisée par arrêté préfectoral du 17 décembre 1985. Cette décision accorde une concession d’usage de « l’énergie » issue du barrage à la CNARBRL pour une périodede 30 ans :
« La Compagnie Nationale du Bas Rhône est autorisée, dans les conditions du présent règlement et pour une durée de 30 ans, à disposer de l’énergie de la conduite d’irrigation du Salagou pour la mise en jeu d’une entreprise située sur le territoire de la commune de Lacoste et destinée à la fourniture d’énergie électrique… La puissance maximale brute de l’entreprise est fi xée à 240 KW ».
Pour assurer le fonctionnement de cette micro-centrale électrique, un prélèvement d’eau maximal de 0,50 m3/s est autorisé à partir de la conduite d’irrigation dubarrage. Au plan technique, la hauteur de la chute ainsi créée est de 65 m « en eaux moyennes ».
5/ La problématique des inspections décennales

L’obligation, pour des
raisons de sécurité, de procéder à une inspection réglementaire approfondie du
barrage tous les dix ans se heurte à l’impact économique que représente une vidange totale du lac. Aujourd’hui, l’usage touristique du site a pris le pas sur sa destination agricole et il devient problématique de réaliser ces contrôles selon le protocole. En eff et, si l’on procédait à une vidange complète, il faudrait attendre quatre longues années avant de retrouver le niveau normal du lac. Cela provoquerait un marnage important des berges incompatible avec un accueil touristique de qualité.
Comment veiller, sans vidanger le lac, à la sécurité des installations et des populations ? C’est ainsi que les inspections de 1977, 1987, 1997 et de
2007 se déroulent selon un protocole original qui fait appel aux technologies les plusavancées dont l’utilisation d’un robot et de plongeurs expérimentés.
Aujourd’hui, cette dérogation à l’obligation de vidange prend appui sur un
ensemble de déterminants qui dépasse le simple usage touristique. En eff et, les
élus ont pris conscience des conséquences qu’une telle opération entraînerait « sur le plan écologique et socio-économique, tant en raison de la nature des usages actuels de la ressource en eau, que des conditions de remplissage de la retenue. Sans oublier le défi cit des recettes issues du tourisme sur la période de vidange ».

passage extrait de lapublication

couv-celles web
pour aller plus loin, la publication du Mas des Terres Rouges

http://www.esprit-du-salagou.fr/sommaire-de-la-brochure/extrait-la-creation-du-barrage

 

http://www.barrages-cfbr.eu/BackUp/Info/documentation/texte/col2003/col2003-s2-p099.pdf

Amelin (Jean-Marie).- Guide du voyageur dans le département de l’Hérault ou esquisse d’un tableau historique,
pittoresque, statistique et commercial de ce département.- Paris, 1827.

6 réflexions au sujet de « Histoire de la construction du barrage du Salagou »

  1. Je redécouvre le temps passer, car en 1964. avec l’un de mes frères, nous étions aller au barrage qui était encore qu’en construction, pour chercher de l’embauche, l’on nous avait dit que l’on était trop jeune pour travailler au barrage.
    en 1968, au centre de la vallée, je commencer par voir le ruisseau grossir, avec une flaque d’eau en plein milieu de la vallée perdue, que je ricaner en disant qu’il lui faudra un siècle pour se remplir, et bien en 1969. il ma fait mentir, cette année là il à tellement plut, et comme ça fait bien cuvette il c’est remplis, mais pas jusqu’à son niveau ;
    c’est en 1970, que je venais à Liausson un petit village assis au pied d’une montagne, et dans ce village il y avait un curé, qui regardait le lac, c’est la qu’il avait aperçu trois hommes dans un zodiaque qui allaient scier les poteau de téléphone qui sortait de l’eau;
    c’est au bout d’un moment, quand le curé reprenait ses jumelles pour regarder le lac, qu’il aperçut les trois hommes accrocher après un poteau à moitié scier, et plus de zodiaque, ils l’avaient crever soit avec la tronçonneuse ou avec le poteau,le curé il à de suite appeler les pompiers qui y sont aller les sauver, après quoi les trois hommes sont venu à Liausson remercier le curé, en lui demandant de quoi il aurait besoin.
    ceci est réellement vécu.
    il y en à d’autre histoire sur le début du lac .
    20-100.T

  2. Bonjour,
    je souhaiterai que la photo Pradines en 1984 soit créditée à mon nom car elle m’appartient et à été reproduite tronquée sans mon consentement. Ce n’est pas un gros problème, mais tant qu’à copier une photo, qu’elle le soit intégralement.
    Merci de prendre contact – Et je peux vous fournir d’autres photos.
    BOBINES84

    1. Bonjour,
      Je suis désolée que cette photo ait été publiée recadrée et sans mention d’auteur ! Toutes nos excuses pour cette négligence ! C’est avec plaisir que nous réparerons cette erreur quand vous nous communiquerez votre nom. Et nous serons ravi de votre offre d’autres photos pouvant être publiées!!! merci et bien à vous

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