Qui sont les comédiens à Salasc

Pourquoi« Salascòls, los comedièns » ?

 

Comédiens est le surnom donné aux habitants de Salasc.

SALASC.Salascòl/òla. Salascois/oise.  – Los comedièns, les comédiens. dans Claude Achard, Les uns et les autres : Dictionnaire satirique pour le département de l’Hérault et quelques contrées d’Occitanie, Editions DOMENS, 2003, pages 223-224, article 34.292.

« La jeunesse voulut, sans aucune expérience, donner une représentation et fut obligée de partir sous les huées des spectateurs. »

« Ici, on a toujours eu la réputation d’aimer la rigolade, d’où le surnom des comédiens » (Marcel Arribat64.32).  idem

Mais, toujours selon Claude Achard, une autre raison est évoquée :

« Louis Ollier affirme de son côté que le patron de la paroisse est saint Geniès, patron des comédiens. Le saint honoré par le village est, en effet, saint Geniès d’Arles. Cf. SAINT-GENIÈS-de-FONTÈDIT » (pages 203-204). « Saint Genès est un martyr d’Arles, patron des scribes, greffiers et secrétaires, auquel on a attribué la légende de saint Genès, mime, patron des comédiens. »

Mais alors, que veut dire être « comédien » quand on est habitant de Salasc ?

Comédiens ? Serais-ce un qualificatif qui désigne le habitants ?Mais dans quel sens ? et pourquoi ?

Si nous reprenons la définition de « comédien » dans le dictionnaire en ligne du site CNRTL (http://www.cnrtl.fr/definition/com%C3%A9diens), nous trouvons :

A.− Celui, celle dont la profession est de jouer la comédie, que ce soit à la scène ou à l’écran.
B.− Au fig.Celui, celle qui, dans la vie courante, aime se donner en spectacle, excelle dans l’art de la mise en scène, des attitudes, des propos et des gestes théâtraux.Péj. Celui, celle qui feint des sentiments qu’il n’a pas. Synon. menteur, hypocrite.
  • « Les comédiens de Salasc.-Quand on parlait des travers des gens de Salasc, et pour les dépeindre d’un mot, il était d’habitude de dire : les comédiens de Salasc ! D’où leur venait cette réputation ? Etait-ce parce que les habitants ont l’habitude de parler, de discourir, d’exposer des opinions dont ils changent assez facilement ; de se réunir sur les devants de portes ou sur les marches de la croix de mission au bas du village, ou encore près du « griffoul » la vieille fontaine de 1774 ou1775. Que de parlottes souvent oiseuses et inutiles où des opinions parfois extravagantes sont encore échangées tous les jours, avant midi, le soir après la rentrée des champs et souvent le matin, dès la levée du jour ! Que de professions de foi, que de théories glissées dans des tuyaux d’oreilles très disposées à tout entendre et à croire jusqu’à ce qu’un autre orateur vienne annihiler ce qui vient d’être dit. Le dernier qui a parlé emporte tous les suffrages. A la réunion suivante les même orateurs ou d’autres achèvent d’amener le trouble dans les esprits, c’est à ne plus savoir qui croire ; et la comédie continue ! Comédiens !

    Les escaliers, les marches, les bancs de pierre sur certains devants de portes, certaines commodités villageoises aménagées peut-être intentionnellement pour ces réunions font de certains endroits un véritable forum, un lieu de parlotte, de palabres, les vraies tribunes où il est parlé de tout, et avec une conviction et un sérieux qui déconcerte. Quelle étude de mœurs n’est-il pas permis de faire en de pareils lieux. »

    Salasc à travers les siècles, tapuscrit, anomyne, sans date p36

Comédiens ? Serait-ce en référence avec le Saint patron ? Mais alors, Saint Genès ou saint Geniès ? d’Arles ou de Rome ?

L’origine de cet « amical surnom » comme évocation du saint patron de l’église, est celle qui est reprise dans « Notre village au 19°siècle », Foyer rural de Salasc, tapuscrit, sans date.

D’après « Le Grand livre des Saints, culte et iconographie des saints en Occident, » de Jacques Baudouin, le martyr de Saint Genès est une des plus ancienne passion de la Gaule. Il s’agit de Genesius, martyr des Gaules († 303 ?), clerc de notaire du tribunal devant lequel étaient traduits les chrétiens, qui refusa d’en tenir plus longtemps les minutes des jugements, et fut martyrisé sur les berges du Rhône. Vénéré à Rome dès le IV° siècle, il finit par être considéré comme un martyr romain, et un hagiographe transforme sa « passio » en lui attribuant la légende orientale d’un quasi-homonyme, Gelasius. Il devint alors saint Genès le Comédien, acteur romain converti qui aurait été décapité.

Selon les « Acta Martyrium » de Ruinart, premier récit qui nous soit parvenu de la « Passio Sancti Genesii », Genès était comédien, dramaturge et le chef d’une troupe de comédiens. Il était, à l’époque, de bon ton de se moquer des chrétiens et de tourner leurs pratiques en ridicule sur la place publique. Pour le jubilé du règne de l’empereur Doclétien, Genès, qui était « païen », conçoit le projet d’une pièce parodiant la foi chrétienne. L’idée est pour le comédien de gagner la faveur de la cour impériale, idée qui pourrait, pour cet homme ambitieux, s’avérer très lucrative. Car, malgré ses talents, il est très probable qu’il n’est probablement pas un citoyen romain , mais esclave ou au mieux travailleur libre qui ne peut que désirer une place au palais de Nicomédie.

Pour bâtir le scénario de sa pièce de théâtre, il a besoin de connaître la communauté chrétienne et conçoit de s’en rapprocher de la communauté en les convainquant de son désir de conversion. Accepté comme catéchumène, il commence une période d’instruction qui doit le conduire au terme d’une initiation au baptême.Fort de se qu’il a appris, il abandonne alors le catéchuménat et, rassemblant sa troupe d’acteurs, compose avec eux le scénario de sa comédie.

Mais lorsque la pièce est jouée devant l’empereur, alors qu’il interprète un malade qui tient à se faire baptiser avant de mourir, au moment même du baptême, il est soudain frappé par la grâce et se convertit. Il s’adresse alors à l’empereur lui-même proclamant sa foi et lui demandant de se convertir : « O grand empereur , crois en ces mystères ! Je vais t’apprendre, et tu sauras que le Seigneur Jésus-Christ est le vrai Dieu ». Sommé de se rétracter par l’empereur, Genès refusa d’abjurer celle-ci. Il fut battu de verges, puis soumis au supplice du chevalet, mais rien n’y fit, si bien qu’on le décapita. Les historiens divergent sur la date de son martyre qu’ils situent, en 286 pour les uns, en 303 pour les autres.

  Sa fête est célébrée le 25 août, date à laquelle il est fêté à Salasc comme saint Patron et date à laquelle avait lieu une fête locale qui durait quatre jours.

Si la fête locale n’existe plus, ce lien avec les comédiens, si ce n’est avec Saint Genès, reste inscrit dans le paysage. En effet, la place centrale de la commune a été nommée : la place des comédiens.

la place des Comédiens
la place des Comédiens

Quoi de plus naturel, alors que nous mettions en place un atelier d’expression théâtrale !

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